Pourquoi j’ai décidé d’être bénévole auprès des réfugiés à Calais ?

Pourquoi j’ai décidé d’être bénévole auprès des réfugiés à Calais ?

Septembre 2017, je dîne avec ma mère. Une fois les banalités d’usage sur nos vies respectives balayées, nous voilà au débat d’idées. En lice, la situation des migrants en France. Très vite, je m’enflamme, aussi passionnée par le sujet que mortifiée par la ligne politique choisie par les Présidents Hollande puis Macron. Ma mère, public acquis à la cause, ponctue mes diatribes par des adjonctions fort à propos. Puis, profitant de ce que je reprenne mon souffle, me pose une question, fort simple, en me regardant droit dans les yeux :

“Oui, mais nous, que faisons-nous ?”

KO complet. Brutal. Tellement simple. Tellement évident. Tellement honteux. Mes arguments se fracassent contre l’acuité de la question, mon éloquence est réduite en miettes, mes idéaux politiques se révèlent vains. Vains sans l’action.

Deux jours plus tard, ma décision est prise : je pars à Calais.

Je recherche sur internet les associations actives sur place, prêtes à accueillir des bénévoles. Mon choix se porte sur Utopia 56, une association bretonne fournissant une aide d’urgence aux migrants de Calais et Paris : nourriture, eau, vêtements.

A ce moment-là, ma connaissance du sujet est théorique. Révoltée par les inégalités et empathique avec ces hommes et femmes qui ont tout laissé derrière eux, j’ai bien sûr lu sur les conditions de vies déplorables des réfugiés, la politique niant l’existence de ces migrants menée par la Maire Madame Bouchard et appuyée par la Préfecture, le harcèlement policier, l’absence de gestion étatique de cette “crise migratoire”. J’ai applaudi à la condamnation par le tribunal administratif de Lille puis le Conseil d’Etat de la Ville de Calais et de la préfecture à installer des points d’eau, et pleuré à la lecture du rapport de Human Rights Watch.

J’anticipe mon départ en lisant le saisissant roman de Laurent Gaudé : Eldorado. Récits croisés de migrants et d’un commandant d’un navire des garde-côtes italiens, Eldorado nous fait toucher de l’âme les extrêmes de l’humanité et de l’inhumanité de tels voyages.

J’essaie de me préparer à la dureté des situations que je vais vivre. Je fais part de mon projet à ma famille et amis, surpris et admiratifs.

Pour ne pas avoir honte de n’avoir rien fait, je pars à Calais.

 

Et pour ceux qui veulent aller plus loin :
Gaudé Laurent, Eldoraro, Actes Sud, 2006

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