Barbelés et no man’s land : bienvenue à Calais

Barbelés et no man’s land : bienvenue à Calais

Pour tout comprendre, vous pouvez lire l’article précédent : “Pourquoi j’ai décidé d’être bénévole auprès des réfugiés à Calais ?” . 

Arrivée à Calais. Gare de Calais Frethun, lieu de départ de l’Eurostar. Des grillages hauts de deux mètres, des barrières non pas doublées mais triplées. A leurs sommets, du barbelés. Le barbelé américain, celui qui ne pique pas mais blesse, coupe, déchire les chairs. Entre deux palissades ajourées, un no man’s land de quelques mètres. Quiconque s’y aventurant serait exposé, à la vue de tous, et surtout à celle des policiers.

Les abords de Calais donnent la sensation d’une ville en état de siège. Et c’est bien d’un siège dont il s’agit : celui de l’Angleterre. Eldorado moderne des déshérités des mondes africain et asiatique.

Autour, pourtant, le Pas-de-Calais dans ce qu’il a de plus essentiel : de paisibles maisonnettes en briquettes rouges, un ciel gris et bas, un paysage plus désolé que rieur.

En descendant à la gare de Calais ville, nouvelles sensations. Le beffroi se dresse vers le ciel, surplombant la ville de toute sa superbe. A ses pieds, la mairie alanguie au milieu de jardins fleuris et proprets accueillant la célèbre statut de Rodin, Les bourgeois de Calais. Au milieu, des touristes se prennent en photo. A quelques mètres, des silhouettes, furtives, grandes et menues, parfois dégingandées, apparaissent. Par deux ou trois, ces ombres graves rappellent à Calais qu’elle est la ville de départ pour l’Angleterre.

Plus on s’éloigne du centre, plus nombreuses sont ces apparitions : dans les zones commerciales ou industrielles, près du port ou des zones logistiques de chargement des camions. Espaces surprotégés par grillages et no man’s land. Allégorie de la forteresse européenne.

La ville de Calais veut bien essayer de se donner une contenance, un semblant de vie qui demeurerait normal mais tout en elle porte les stigmates de ce qu’elle voudrait absolument cacher. D’aveugles devantures de magasins définitivement fermés rappellent la lente agonie industrielle puis commerciale de la région. Et les ombres sombres éclairent ce que la collectivité et l’Etat s’appliquent à nier. C’est en nombre que les réfugiés reviennent à Calais.

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